CDI à 60k€ vs freelance : qui gagne vraiment plus ?

CDI vs. freelance. C’est une question que beaucoup de salariés se posent, souvent au moment où l’idée de se lancer en indépendant commence à émerger.

Dans la majorité des cas, le raisonnement est rapide : un TJM à 600€ semble largement supérieur à un salaire à 60k€. La conclusion paraît évidente.

Sur le terrain, la réalité est plus nuancée.

En accompagnant des salariés en transition vers l’indépendance, je constate souvent la même erreur : comparer un salaire brut à un chiffre d’affaires freelance, sans intégrer les charges, la fiscalité, la protection sociale ou encore les périodes sans mission.

Résultat : des décisions prises sur des bases incomplètes.

Vous n’avez pas besoin d’un modèle financier complexe pour y voir clair. En revanche, ce qui compte c’est de vous poser les bonnes questions.

Dans cet article, je vous propose une analyse CDI vs. freelance concrète et chiffrée, jusqu’au revenu net après impôt, pour vous aider à prendre une décision éclairée.


En résumé si vous ne voulez pas tout lire : à 600 € de TJM × 200 jours, un freelance touche ~60 000 € net contre ~40 000 € pour un CDI à 60k brut, soit +50%. Mais cet écart se réduit fortement une fois la protection sociale, le matelas de trésorerie et la « cagnotte chômage » à reconstituer pris en compte.



1. CDI vs. freelance : deux réalités économiques très différentes

Le mythe du freelance mieux payé

Le freelancing est souvent perçu comme plus rémunérateur que le salariat.

Cette perception repose sur les TJM affichés. Pourtant, un freelance ne “gagne” pas son TJM. Il génère un chiffre d’affaires qui doit ensuite couvrir l’ensemble des charges et des contraintes liées à son activité.

La confusion entre chiffre d’affaires et revenu est fréquente, et elle fausse complètement la comparaison CDI vs. freelance.



Ce que l’on compare réellement

En CDI, vous percevez un revenu structuré, sécurisé et relativement stable.

En freelance, vous devez construire votre revenu. Vous devez donc :

  • trouver des missions

  • gérer vos charges

  • anticiper les périodes creuses

  • piloter votre trésorerie

On compare donc ici un revenu “clé en main” à un revenu qui dépend directement de votre capacité à piloter votre activité.



2. CDI : cas d’une cadre salariée à 60k€

Décomposition du salaire

Prenons une cadre salariée avec un salaire brut annuel de 60 000 €.

  • Net avant impôt sur le revenu : environ 46 800 €

  • Net mensuel avant impôt sur le revenu : environ 3 900 €

En intégrant l’impôt :

  • Impôt estimé : entre 6 000 € et 7 000 €

  • Revenu net après impôt : environ 40 000 € soit environ 3300 € par mois



Les éléments invisibles

Ce revenu inclut des avantages souvent sous-estimés :

  • congés payés

  • assurance chômage

  • mutuelle

  • cotisations retraite

Ils participent directement à la sécurité financière globale.



3. Freelance : cas d’une freelance à 600€ de TJM

Pourquoi 200 jours travaillés ?

Prenons une consultante freelance avec un TJM (Taux Journalier Moyen) de 600€.

On utilise généralement une base autour de 200 jours travaillés par an pour les simulations financières. Ce chiffre n’est pas choisi au hasard, et va varier suivant le profil, les souhaits et le type de mission et de client.

Il permet d’intégrer :

  • les congés (équivalent des congés payés)

  • les périodes d’inter-contrats ou de recherche de clients

  • les jours non facturés (administratif, organisation)

  • les éventuels arrêts maladie non couverts immédiatement (délai de carence)

L’idée ici est d’utiliser une hypothèse réaliste pour éviter de surestimer ses revenus.



Les chiffres en freelance

200 jours travaillés avec un TJM à 600€ donnent un chiffre d’affaires hors taxe de 120 000 €.

Sur ce chiffre d’affaires :

  • Charges sociales ≈ 33 000 €*

    *exemple d’une gérante d’EURL consultante IT

  • Frais professionnels ≈ 10 000 € (comptable, abonnements, assurance, banque, déplacements…)

  • Pour simplifier, on peut considérer qu’il reste en rémunération environ 77 000 €.

    Bien évidemment, ces chiffres vont varier en fonction du statut choisi et des décisions de rémunération et d’optimisation. Il s’agit ici d’une simplification volontaire pour pouvoir comparer.



  • Impôt estimé : 17 000€

Soit un revenu net après impôt d’environ 60 000 €.



4. Les coûts invisibles du freelancing

La protection sociale à reconstituer soi-même

En freelance, contrairement aux idées reçues, on cotise bien à la retraite. En revanche, selon le statut et le niveau de rémunération, cette retraite peut être moins avantageuse que celle d’un salarié.

En cas d’accident de la vie et d’incapacité à travailler, on ne bénéficie plus du contrat de prévoyance de l’employeur, il faut s’en occuper soi-même et prendre sa propre prévoyance. Même chose pour la mutuelle.

La protection sociale est donc moins “automatique” en freelance que lorsqu’on est salarié. Il faut reconstituer sa protection sociale, et l’adapter à ses besoins individuels.

Il est fortement recommandé de mettre en place :

  • un contrat de prévoyance (indispensable pour vous protéger) → ~1000 à 3000€/an selon couverture

  • une stratégie d’épargne pour compléter la retraite

  • une mutuelle → ~600 à 1500€/an selon couverture

Ce sujet est souvent sous-estimé, alors qu’il est structurant dans une réflexion CDI vs. freelance et permet de reconstituer le niveau de sécurité dont vous avez besoin. Cette sécurité représente généralement plusieurs milliers d’euros par an.



Le coût du commercial: le temps qui n’est pas facturé

Le temps passé à trouver des clients n’est pas facturé.

Il comprend :

  • prospection

  • réseautage

  • échanges commerciaux

Ce temps doit être intégré dans votre modèle économique dès le début de votre activité.

Un freelance est un chef d’entreprise

C’est un point clé.

En freelance, vous n’êtes pas seulement expert dans votre métier. Vous êtes aussi chef d’entreprise.

Il vous faut donc :

  • piloter votre activité

  • gérer vos obligations administratives

  • suivre votre comptabilité

  • prendre des décisions financières et stratégiques

Il existe aujourd’hui de nombreuses solutions pour simplifier ou déléguer ces tâches. Il existe également des accompagnements comme Copilot’ pour vous faciliter la vie. Mais vous devez malgré tout y consacrer du temps.

Et ce temps n’est pas facturé.

Gérer sa trésorerie quand les revenus tombent par à-coups

Les revenus ne sont pas réguliers.

En freelance, il faut pouvoir anticiper:

  • les délais de paiement (certains clients sont particulièrement mauvais payeurs)

  • les périodes sans mission

  • les charges fixes qui continuent à tomber même lorsque le chiffre d’affaires ne rentre pas.

Sans trésorerie, l’activité devient fragile. Il est donc important de constituer un matelas de trésorerie de quelques mois pour pouvoir survivre aux aléas.

Objectif: 3 à 6 mois de charges fixes à mettre de côté.

Absence de chômage

Contrairement au CDI, il n’y a pas de filet de sécurité automatique. Un freelance ne cotise pas au chômage.

Il est donc important de construire sa propre sécurité financière, en constituant une réserve correspondant à une période de chômage. Concrètement, cela signifie mettre de l’argent de côté en cas de coup dur, ce qui va venir réduire le montant réellement dans votre poche.

Objectif: 6 à 12 mois de revenus de côté.

5. CDI vs. freelance : comparaison finale

Synthèse visuelle

Voici une représentation simplifiée pour mieux visualiser la différence :


À première vue, le freelance gagne 50% de plus. Mais ce chiffre ne prend pas tout en compte.

CDI vs freelance

CDI vs. freelance : qui gagne vraiment plus ?

Dans ce scénario, le freelance gagne légèrement plus.

Mais cet écart repose sur plusieurs conditions :

  • maintenir 200 jours facturés

  • piloter correctement ses charges

  • anticiper les risques et se protéger

Si on ajoute les coûts de protection sociale (~3000€) et le matelas de trésorerie à mettre de côté, les écarts peuvent rapidement se réduire.

6. Comment prendre la bonne décision

Avant de vous lancer, il est essentiel de clarifier :

  • votre tolérance au risque

  • votre capacité à trouver des clients

  • votre capacité à piloter vos finances

  • votre niveau de préparation

  • vos besoins financiers

C’est exactement pour cela que j’accompagne des salariés en transition.

Parce que je vois régulièrement :

  • des projets mal calibrés

  • des revenus surestimés

  • des lancements précipités

Un accompagnement permet de :

  • structurer votre projet

  • sécuriser vos premières étapes

  • accélérer votre développement

Conclusion

CDI vs. freelance, ce n’est pas une simple comparaison de revenus.

C’est une décision qui implique de comprendre les règles du jeu et d’anticiper les impacts financiers, sociaux et organisationnels.

Le freelancing peut offrir un revenu supérieur, mais uniquement si l’activité est bien structurée et pilotée.

Si vous envisagez de vous lancer, l’enjeu n’est pas seulement de quitter votre CDI.

C’est de construire un projet solide dès le départ.

Pour cela, j’ai créé Start’, un accompagnement dédié aux salariés qui souhaitent créer leur activité indépendante de manière structurée et sécurisée.

L’objectif est simple : vous aider à poser les bonnes bases pour développer une activité rentable, pérenne et alignée avec vos objectifs.

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